Comment devenir un cyclo longue distance, avec Rémi de retour du Paris-Brest-Paris

Alors là, attention ; nous ne sommes plus dans la nuance, nous entrons dans le dur, là où les meilleurs se retrouvent et communient dans l’exaltation de l’effort suprême. Paris-Brest-Paris une des épreuves de longue distance les plus dures organisées sur le territoire. Dans notre club seuls quelques uns y ont participé comme xxx et plus récemment Daniel, mais d’autres ont choisi des terrains de jeux différents comme Albert et son Tour de France en solitaire ou Alain qui se rend à chaque Semaine Fédérale en cyclo-camping, et bien d’autres… Cette année, c’est Rémi qui avait décidé de s’y coller.

Tout a commencé en 2010, pour le centenaire de l’épreuve Luchon Bayonne, l’étape assassine du Tour de France en 1910 ; 326 km, 5 cols et plus de 5000 m de dénivelé dans la même étape.

Cyclo averti, ayant pratiqué la course, en très bonne condition physique, Rémi avait pris cette épreuve comme un défi à relever. Il part, est accueilli par des trombes d’eau en haut de l’Aubisque, redescend tenter de retrouver ses amis en bas dans un hôtel, ne trouve pas l’hôtel et s’en retourne à Bayonne où il arrive à 4 heures du matin. Loin de le décourager des efforts démesurés, cette expérience lui avait donné envie de se mesurer à d’autres extrêmes.

D’où l’idée du Paris-Brest-Paris.

Bernard, Philippe, Sébastien et Rémi, quatre copains dans le vent

Bernard, Philippe, Sébastien et Rémi, quatre copains dans le vent saluent l’arrivée !

PBP2015 (4)On ne voit pas bien l’artiste, mais on reconnaît le dossard !

L’année suivante il passe les brevets qualificatifs, pour voir. Et il se rend compte qu’il est capable d’enchaîner les kilomètres sans difficulté majeure : 200 en une journée, 300 avec départ vers 4h du matin, de nuit, 400 où ça commence à être vraiment difficile avec nuit blanche sur le vélo, et le 600, plus simple, avec je le cite « un gros 300, un gros 3h de sommeil, puis un second 300 ! » Évidemment, vu sous l’angle d’un gros 3h de sommeil, tout devient facile !

Qualifié, il part en 2011 et conclut sobrement « J’en garde un bon souvenir. »

Contrôles réguliers

Contrôles réguliers

En 2012 et 13, il roule très peu, son travail de chercheur en sciences le conduisant aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. Retour en France fin 2013 et arrivée à l’UCNA, accueilli avec respect par tous les copains qui le voient rouler sur son vélo de voyage qu’il décrit en souriant : « 14 kg avec de gros pneus, parfaitement adapté à mon usage ; position relevée, selle Brooks, tout confort. Je peux prendre un nid de poule sans tomber et j’ai un très faible risque de crevaison avec mes pneus Marathon Suprême : 3 crevaisons sur 10.000 km ! »

Le sommeil frappe même les meilleurs

Le sommeil frappe même les meilleurs

L’an dernier il recommence les brevets longues distances pour se tester un peu avant de passer la série des quatre brevets qualificatifs cette année (ces brevets sont en effet obligatoires l’année de chaque participation). Après un 200 rondement mené, il doit abandonner sur le 300 pour casse mécanique à côté de… Bouzillé !

Même pas fatigué !

Même pas fatigué !

Cette année, redépart pour les 4 brevets qu’il passe non sans difficultés. « Le problème est venu d’un vent fort au printemps. Le brevet de 300 a été dur, avec vent de face sur plus de 150 km ; j’ai pris la roue des bons à l’aller contre le vent et je suis revenu plus détendu vent portant. Les choses ont été dures aussi sur le 400 avec un fort vent de face sur plus de 200 km au retour… » Les connaisseurs apprécieront… C’est dans ces moments-là qu’il est important de trouver un bon groupe, et il a notamment roulé avec des collègues de Vertou et Thouaré.

Pour le reste, il avoue « J’ai été presque trop décontracté ; le 600 se passe fin mai ou début juin et certains considèrent qu’à partir de là il faut faire régulièrement 150 km ou plus. Je n’ai fait que 6 fois du vélo entre fin mai et le départ, dont 3 seulement avec le vélo du Paris-Brest-Paris. J’aurais dû m’entraîner davantage. »

Mais il a connu cette année des difficultés supplémentaires ; « J’ai eu plus de difficultés à supporter la position sur 60 heures de vélo pour 86 heures de randonnée tout compris, j’ai eu mal aux bras, au dos, aux tendons, mais ça passe si on reste sur un rythme raisonnable. » L’expression « ça passe » ne s’adresse pas à n’importe qui car il faut dire que Rémi, comme vous l’imaginez, est une force de la nature, naturellement puissant et résistant. Son endurance, sa capacité à des efforts extrêmes en font un compétiteur redoutable. « J’ai fait du vélo en compétition avant, de 15 à 20 ans. J’avais un bon niveau régional ; j’ai couru avec des élites… Ils ne terminaient pas tous avant moi. Grâce à ce fond résistant, je n’ai pas besoin de m’entraîner beaucoup. »

« J’ai roulé plutôt vite à l’aller, où il faut d’abord enchainer une nuit et une journée sans dormir. Je voulais essayer d’arriver à Brest, soit 618 km, mais je me suis trouvé trop fatigué à Carhaix, au bout de 525 km quand même. C’est là que j’ai fait une grosse nuit de 5 h de sommeil pour repartir plus calmement ensuite. » Là il faut lui demander de répéter pour être sûr d’avoir bien compris car imaginer rouler une nuit entière, puis la journée suivante sans m’arrêter dormir me semble ressortir de l’extraterrestre. Je le regarde, il me sourit dans sa barbe et ne semblant pas comprendre ma perplexité, il précise : « J’ai roulé autour de 20 km/h de moyenne, on s’est groupé au retour, mais on s’était arrangé avec un gars qui a souffert des tendons et pour aller à sa vitesse. C’est pas ridicule à cette échelle. » C’était inutile à préciser.

Reprendre des forces et dormir, les grands enjeux

Reprendre des forces et dormir, les grands enjeux

Ce gars là vous parle de distances considérables avec les mots qu’on emploierait pour décrire comment aller chercher le pain à la boulangerie de la place.

Et cette épreuve a l’air vraiment hors norme. Il poursuit « Nous étions 6.000 au départ, lancés en vague de 300 par ¼ d’heure, selon l’objectif horaire que chacun se définit avant le départ : 80 ou 90 heures pour un départ le dimanche soir, ou 84 heures pour le lundi matin. »

Et il décrit l’épreuve non comme un chemin de croix mais comme une randonnée comme une autre. « On ne reste pas en groupe éternellement. Je prends le temps de discuter avec plein de gens de plein de pays car je parle anglais et espagnol. Il y a 1/3 de français et 2/3 d’étrangers. Rouler en groupe est plus agréable, mais dépend des écarts de niveaux. Je pars sans m’occuper de personne, puis je me regroupe bien plus tard avec des gens qui roulent comme moi. Chacun doit rouler à son rythme et je ne crains pas de rouler 200 km tout seul s’il le faut. »

Ca ressemble à nos sorties… mais en dix fois plus long

Ca ressemble à nos sorties… mais en dix fois plus long

PBP2015 (2)

Eau minérale et sucres lents !

« Il faut savoir gérer selon son potentiel. Il y a des gars qui viennent pour faire un temps et se sont préparés. Moi, je veux terminer dans un état raisonnable, d’où mon arrêt à Carhaix pour dormir 5 heures. Le plus important c’est la gestion : sommeil, alimentation, hydratation… Sinon, ce ne sont pas les mêmes sensations… » On imagine.

« Tout se résume à trois choses simples : pointer, ravitailler, manger. La voiture d’assistance, s’il y en a, doit être déclarée et ne peut venir qu’aux points accueil. Pour ma part, je suis organisé et n’en ai pas besoin.

Mon expérience me permet d’éviter les attentes. Nous avons eu de la chance car il a fait beau tout le temps en Bretagne : pas de pluie, ni sur le 600, ni lors du Paris-Brest-Paris.

A l’arrivée au vélodrome de St Quentin, les écarts sont considérables, c’est pourquoi tout le monde ne participe pas à la cérémonie de clôture. Ceux qui se connaissent se regroupent, beaucoup dorment.

La récupération est naturelle en 2 ou 3 jours avec un sommeil irrégulier, puis un peu de fatigue résiduelle, mais rien de grave, et au bout d’une semaine ça va beaucoup mieux. J’avais toujours envie de rouler, même quelques jours après. »

Puis vient la série des questions.

Quel bilan en tires-tu ?

Sur trois jours 1/2, j’ai dormi 11 heures en tout, c’était un choix, comme de ne pas arriver à Paris dans la nuit. Mon objectif était de 90 heures et j’ai réalisé 86h40 sans forcer, en dormant encore à Dreux, j’avais de la marge. Je pourrais le faire en 82 heures, mais je n’aime pas trop rouler la nuit bien que j’aie un éclairage doublé avant et arrière, sur piles, avec des piles de rechange. Le gilet réfléchissant est d’ailleurs obligatoire, par sécurité.

Plaisir d'être ensemble

Plaisir d’être ensemble

Et les vêtements ?

Il y a de gros écarts de température entre la nuit et le jour et nous avons plus grande sensibilité quand la fatigue s’accumule ; j’ai des gants longs, je me protège les genoux et je porte une veste chaude. J’emporte aussi dans la sacoche de la nourriture d’avance, mais on peut en acheter à chaque point accueil.

La nourriture ?

Il faut une préparation et une alimentation différentes, on ne se contente pas de 3 barres de céréales dans la poche.

Je ne mange que du salé pour des repas normaux ; sandwich ou plat. Aucun produit spécial vélo, par plaisir et parce que je suis convaincu que l’on a surtout d’abord besoin de calories et de tous types de nutriments ; je préfère une alimentation normale mais copieuse faite par de bons cuistots comme un hachis parmentier à Tinténiac ou une petite bière dans l’après-midi quand il fait chaud. Mon principe c’est le plaisir d’abord, si c’est trop contraignant, cela ne m’intéresse plus. Certes, c’est une épreuve, mais toujours un loisir plus qu’une recherche de performance.

Je n’ai mangé aucune des barres de céréales emportées et dans mon bidon je n’ai que de l’eau ; cela permet de boire mais aussi de s’asperger un peu.

Tes prochains objectifs ?

Rien de particulier. J’aime les cyclo-montagnardes et j’essaierai d’en faire au moins une l’an prochain. Cette année, j’étais dans le Morvan.

Tout cyclo entrainé peut-il faire Paris-Brest-Paris ?

Ce n’est pas pour n’importe qui ni avec n’importe quelle préparation ! Il faut un vécu et s’adapter à la longue distance. L’âge idéal c’est entre 40 et 50 ans, il faut une bonne condition physique, de l’endurance et accepter de se priver de sommeil. Pour moi, la plus grosse difficulté c’est le manque de sommeil, mais si on est limite en vitesse vélo, tout devient plus dur car on n’a pas assez d’avance sur le délai pour dormir suffisamment. Je ne conseille pas de faire Paris-Brest-Paris avec aussi peu d’entraînement que moi.

Comment est le public ?

Le public est abondant partout, nous encourage et nous ravitaille en boisson et nourriture souvent à partir d’une petite table installée sur le bord de la route, qui nous invite à un arrêt express. La Tannière en Mayenne est une institution ; chaque année les gens offrent crêpes, café et riz au lait contre une carte postale envoyée depuis notre lieu d’habitation, qui sera affichée l’année suivante. Certains nous applaudissent au milieu de la nuit, du premier au dernier, nous sommes tous également fêtés.

Les types de vélos ?

On trouve de tout : vélos classiques ou spéciaux, couchés, carénés, triplettes, tandems…

Les contacts avec d’autres participants ?

On peut partir seul ou avec des copains. J’ai retrouvé des amis sur le retour. Avec certains on se voit ou plutôt on se croise car les vitesses sont différentes en côtes et en descentes. Avec d’autres participants nous n’avons pas le même rythme, mais la même vitesse moyenne donc nous nous retrouvons régulièrement. La même chose sans ces rencontres n’aurait pas le même intérêt.PBP2015 (8)Que du bonheur

Tout cela paraît simple, mais relève de l’exceptionnel et c’est pourquoi notre club est fier de compter des garçons comme Rémi, Daniel, Albert et les plus anciens…

 

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