Du bon usage de la formation

Quiconque cesse d’apprendre, cesse de vivre, le principe est bien connu et les membres de l’UCNA ne sont pas exemptés de cette règle universelle. Depuis Darwin on sait que la vie n’est qu’une quête jamais terminée pour comprendre et améliorer sa place dans l’univers.

C’est dans cet esprit positif que je me suis inscrit à une matinée de formation organisée par Jean-Claude et animée par Mikaël qui a été jusqu’à l’an dernier, meccano de l’équipe pro. On ne saurait trouver meilleur professeur.

La chose avait pourtant mal débuté car, j’arrivai en retard, ayant dû, privilège de l’homme marié dont le conjoint ne roule pas, accompagner mon épouse dans un déplacement impératif. Je manquai donc les prémisses du cours et arrivai le plus discrètement possible devant une assemblée attentive avec Marceline, Bruno, Guillaume, Jean-Claude, Yves, Claude, Jacques et notre Présidente omnisport, Maryvonne. Tout ce petit monde avait entrepris de diagnostiquer le vélo de Marceline qui voyait se lézarder son fantasme d’une mécanique impeccable. Car pour un meccano qui se respecte, tout vélo demande quelques réglages. On avait vu les patins de frein dans un triste état, les câbles à peine mieux, le dérailleur et le pédalier réglés approximativement et on abordait gaillardement le guidon que l’humidité allait bientôt souder. À mesure, Marceline pâlissait et se demandait comment elle avait pu faire tant de kilomètres avec une machine dans un tel état. Et Mikaël prodiguait de nombreux et fort pertinents conseils à cette assemblée proactive.

Quant à moi, je suivais avec d’autant plus d’intérêt que mon propre vélo, d’ailleurs bien sale dans ce printemps humide, laissait bien davantage à redire. J’avais identifié la nécessité de changer les deux chambres à air, les pneus, les patins de freins, de régler les dérailleurs, de changer également les câbles freins et dérailleurs ainsi que les fixations de pédales sous les chaussures… Bref, rien n’allait bien que tout roulât.

La matinée passée, chacun ayant remercié Mikaël de ses précieux conseils, rentra chez lui décidé à remettre de l’ordre dans sa vie de cyclo. Pour ma part, aiguillonné par la perspective de la descente en Dordogne en juin, je courus chez Décat chercher des câbles, des patins de freins et des pneus neufs que je posai dans une après-midi délicieuse où je goûtai enfin le bonheur d’être devenu un technicien du vélo, maîtrisant pleinement mon avenir.

Pour Guillaume et Antoine, trouver la fuite nécessite concentration…et beaucoup de flair !

Le dimanche suivant, j’arrivai fièrement place du Commerce avec un vélo propre comme neuf, rutilant de pièces nouvellement changées. Et nous partîmes vers le sud Loire. À Saint Même le Tenu, dont le nom à lui seul authentifie ce récit, un petit chuintement à l’avant en freinant à hauteur du pont m’incita à m’arrêter aussitôt pour constater que j’avais crevé ! Pneu neuf, chambre neuve, je jouai de malchance. Les amis aussitôt arrivés à mon secours ne tardèrent pas à diagnostiquer que le patin de frein ayant été réglé légèrement de travers, avait abrasé le côté du pneu, le perçant sans façon en une vingtaine de kilomètres. Je sortis donc le second pneu neuf que je tenais en réserve ainsi qu’une chambre neuve que je devais à Marceline qui heureusement n’était pas là, tandis qu’une âme charitable jetait dans une poubelle locale sans que je puisse le voir, le pneu neuf endommagé et la chambre, tous deux irréparables. Dix minutes plus tard, le groupe repart, je fais dix mètres et j’entends un second chuintement tout aussi caractéristique que le premier ; la roue arrière venait de crever. Cris de rage, lamentations, invectives aux forces du mal conjurées pour me nuire et retour des copains. Cette fois, le problème était une chambre mal choisie chez Décat, de 28 pour un pneu de 23, ayant naturellement entraîné un coincement de la chambre, lui-même conduisant imparablement à la crevaison. Nouveau changement de chambre et retour à Nantes plutôt piteux, encouragé par Martine, Béatrice, Éric et Guillaume.

À ce point du récit, vous vous dîtes « Il est trop con, il faut le virer ! ». Malheureux, n’en faîtes rien, vous risqueriez de décimer le club. En effet, je ne suis pas le seul à avoir assimilé un peu vite les conseils pourtant avisés de Mikaël. Car, sans que l’on puisse affirmer qu’il en ait eu l’exclusivité, Guillaume lui aussi avait eu une inspiration regrettable en nettoyant ses jantes… au pétrole ! S’ensuivirent évidemment des performances de freinage longue durée qu’il ne s’expliquait pas, assuré d’avoir fait pour le mieux.

Sourires niais de cyclos venant de comprendre qu’ils n’ont rien compris !

La conclusion de ce récit est triple. La première serait de travailler la mémoire en priorité pour se souvenir exactement de ce qui a été dit. La seconde est de commencer en équipe avec une personne d’expérience avant de se lancer dans des bricolages vélo. La dernière est de surtout ne rien bricoler au dernier moment avant de partir pour un long périple, mais de changer ce que l’on souhaite changer au plus tôt, pour avoir l’occasion de se rendre compte de ses erreurs dans les mois précédant le grand départ.

Enfin, ayant cassé une tige de selle en Corse, perdu une manivelle de pédale sur la route de Saumur, connu ces petites misères à Saint Même le Tenu et bien d’autres autour de Nantes, je n’attends plus que la chute du guidon dans les prochaine sorties pour pouvoir partir ensuite en Dordogne le cœur léger.

Antoine

 

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